📡 Météo Trance

Au travail, les moments que je préfère sont teintés d'imprévus. Avec des journées qui se terminent sur un sujet que je ne connaissais pas le matin.

Mardi, en conférence de rédaction, j'ai découvert cet article de BFM sur une plainte de Météo-France liée à des soupçons de manipulations de données de température à l'aéroport de Roissy. Ce qui aurait permis des gains en cryptomonnaies sur Polymarket.

Ayant pas mal suivi ce site américain, officiellement interdit en France mais accessible à n'importe qui derrière un VPN, ça m'a tout de suite intrigué. Mes chefs l'étaient aussi.

J'avais des papiers « froids », comme on dit, en cours de préparation ou de finalisation (notamment, une chronique sur Une histoire très critique des réseaux sociaux, qui n'était pas de la tarte).

J'ai pu reprioriser, et avoir le champ libre pour creuser cette obsession subite : les paris météo sur Polymarket. Comprendre les possibles manipulations, et chercher des confirmations de ce qu'il s'était passé, ou non. Le tout pour un article rapide.

Je me vois dans ce cas-là comme un chien fou qui court derrière une nouvelle lubie. Dans ce type de journée se mélangent scrolls compulsifs, mails ou textos en quête d'interlocuteurs, coups de fil au débotté, lectures de 10 onglets en même temps, débriefs réguliers et écriture rapide. Le tout en surveillant en permanence divers canaux (Météo-France, ou la gendarmerie, communiquent-elles de leur côté ? D'autres rédacs ont-elles trouvé des bouts du puzzle ? Qu'en disent les parieurs sur Polymarket ?).

Pour un cerveau TDAH en quête de récompenses, on est sur des notions d'hyperfocus et d'impulsivité, couplées à une deadline courte qui fait du bien. Elle évite de trop s'éparpiller. Ce rythme « en urgence à la dernière minute » est souvent la norme quand on travaille sur l'actu. Et un scénario dans lequel je me sens très à l'aise.

Mais il ne faut pas, non plus, écrire ou publier de conneries – la base du journalisme, normalement. Et dans le cas d'une telle histoire, il faut aussi découvrir, apprendre, jauger, dans un contexte mêlant science et arnaque.

Côté Polymarket, sur les manipulations ou astuces de parieurs issus de l'univers crypto, j'avais quelques billes.

Mais vous saviez, vous, que les sondes météo sur un aéroport ne sont pas toutes protégées du grand public ? Connaissiez-vous les modèles d'abris conçus par un ingénieur écossais qui était le père de Robert Louis Stevenson ? Ou la nomenclature des codes METAR, qui transmettent automatiquement les derniers relevés sur les circuits officiels d'infos aéronautiques ?

Moi non plus.

Les forums publics et les membres d'Info Climat, une association française de passionnés très actifs, ont été d'une grande aide. C'est d'ailleurs par eux que l'alerte est remontée à Météo-France.

Quand les étoiles s'alignent, et que les circuits de relecture sont bien rodés (avec des chefs patients face à l'un de mes éternels défauts : écrire trop long), cela se conclut par une publication le soir même : Des capteurs de Météo-France de l’aéroport de Roissy au cœur d’une suspicion de manipulation sur Polymarket.

J'étais content de cet article. Mais : je n'avais pas le fin mot de l'histoire. On ne l'a toujours pas, à ma connaissance, car l'enquête n'est pas terminée.

Le sujet a donc continué de me trotter dans la tête. Poussé, aussi, par les questions ou remarques de mes interlocuteurs qui m'ont plusieurs fois demandé : « mais c'est quoi ces histoires de paris sur la météo ? ». Quand des formulations de la veille ressurgissent au cours de la nuit, ou sous la douche le matin, ça ne trompe pas.

Avec l'accord de mes chefs, j'ai pu continuer de creuser. J'ai passé le reste de la semaine sur un nouvel article pour préciser d'autres questions en suspens. Avec des petits bouts d'informations en plus qui permettent de construire et d'expliquer quelque chose de neuf.

J'ai eu l'occasion de pouvoir aller vérifier deux ou trois choses à Roissy directement. Je n'ai pas trouvé de smoking gun permettant de résoudre l'affaire. Mais je sais maintenant repérer un abri Stevenson.

J'ai surtout parlé avec beaucoup de monde. Sur le fonctionnement d'une météo d'aéroport. Sur les sommes gagnées grâce aux variations de températures à Paris. Sur les fonctionnements de Polymarket et le quotidien de ses parieurs, qui contribuent à transformer tous les aspects du monde en casino.

Tout ça m'a servi pour ce papier : Sur Polymarket, ces paris météo qui peuvent rapporter gros.

Et maintenant qu'il est publié, je peux reprendre une activité normale. Jusqu'à la prochaine fois.

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