🔥🔥🔥 « An Undying Love For A Burning World »

La résurrection de Neurosis, qui parvient à dépasser proprement les comportements problématiques et condamnables d'un ancien membre.
Avertissement : ce post parle de métal, et de violences familiales.
Je ne savais plus trop où en était Neurosis depuis les très sales histoires d'un de ses piliers. En 2022, le guitariste Scott Kelly avouait, dans un message Facebook, les violences psychologiques et physiques qu'il faisait vivre à sa femme et à ses enfants. Il annonçait son retrait de la vie musicale, et tentait de justifier l'inacceptable par sa santé mentale.
Ses aveux, et leur tournure publique, ont dégoûté les autres membres de Neurosis. Ils ont répliqué par leur propre texte. On y lisait leur horreur face aux violences subies par la famille Kelly, et à leur médiatisation, alors que la femme de Scott Kelly avait demandé au groupe que ça ne s'ébruite pas. Ils rompaient aussi publiquement avec les manipulations d'un ancien « frère », mis à l'écart du groupe dès 2019.
Trahison
De nombreux fans ont regretté une sorte de trahison de Scott Kelly. Pour beaucoup, Neurosis représentait un exutoire, parvenant à canaliser des états dépressifs ou des failles intérieures, et à les transformer en musique – et non en violence envers les autres, ou soi-même.
Pour dresser le tableau d'un groupe venu d'Oakland dont le nom se traduit par « Névrose » : les albums et les concerts de Neurosis sont lents, sombres, poisseux, introspectifs, hargneux. Une intensité folle, même dans les moments les plus calmes. C'est le post-hardcore.
Savoir que l'état mental d'un des artisans de Neurosis a pu se retrouver mêlé aux souffrances de sa famille a été un point de non-retour. Une vidéo de l'époque martelait qu'il était impossible de séparer l'œuvre de Neurosis de l'homme Scott Kelly, tant les tourments du guitariste avaient imprégné les compositions. Les membres de Neurosis eux-mêmes se disaient « en deuil face à la perte d'une vie de travail et de leur héritage musical ».
Trying to survive
Tout indiquait donc que Neurosis allait se dissoudre. Le groupe a pourtant survécu, en puisant des forces chez un ami venu à la rescousse : Aaron Turner d'Isis. Avec son parcours, on ne pouvait rêver d'un scénario qui fasse plus de sens. La concrétisation du “Neur-Isis” s'est faite le plus naturellement du monde, selon une interview.
Cette sortie d'impasse, c'est An Undying Love For A Burning World. L'album a déboulé sans prévenir, aucune promo n'ayant eu lieu avant le shadow drop du 20 mars.
Voilà ce que le groupe dit de son geste sur son Bandcamp :
We need this, perhaps more than ever, and we suspect we are not alone. The trials and tribulations in our personal lives and as a band, combined with simply trying to navigate the insanity of our society, with the stress, anxiety and isolation that come with it can be excruciating. Add to that the existential confusion and sorrow of the climate crisis and the sixth mass extinction. It is enough to cause you to completely lose your mind if you can’t find release or catharsis.
This strange emotionally charged music has always been our method of trying to survive this and this is what we've always been singing about. When you have spent a lifetime engaged with these energies and utilising this form of expression to purge and purify, it feels detrimental to our well being to let it sit idle and neglected. This was now or never.
Touches d'espoir
Sans surprise, vu son passé et le contexte actuel, Neurosis a encore pas mal de choses à dire sur la gestion de la souffrance. On avance en terrain connu. An Undying Love For A Burning World pue l'émotion brute, souvent pachydermique. L'album tire sur tous les poils de notre peau grâce aux murs de guitares assenés en mid-tempo, entrecoupés de hurlements primaux et de plages electro.
Mais. C'est une évidence : la greffe avec Aaron Turner a pris. Parfois, elle n'est même pas loin d'avoir le dessus.
Ses précédents groupes, en particulier Isis, comptent pour moi parmi les plus lumineux du brouillard post-hardcore. Rien d'étonnant à ce que, sur ce dernier Neurosis, certaines torches soient allumées dans le tunnel. Elles ressemblent parfois à des passages atmosphériques de Gojira. Des traces de Pelican ou de Red Sparowes sont saupoudrées, l'air de rien.
Neurosis de 2026 reste brut, toujours diablement intense. L'album n'est pas du genre à donner le sourire, ni à rassurer sur les fins du monde qui arrivent.
On y décèle cependant des touches d'espoir mélancolique, et l'énergie des luttes. Comme le dit Pitchfork, qui donne 8.3 à l'album, « Undying Love se lit comme un manifeste involontaire, où les valeurs sont celles de la dignité : la solidarité contre l'exploitation, le soutien mutuel entre proches, et une affirmation que le narcissisme des petites différences humaines ne fait que réduire une vie déjà trop courte ».
C'est sur tout ça que Neurosis s'appuie pour dépasser Neurosis. Sans effacer la tache des circonstances liées à son nom, mais en la digérant pour ne pas la laisser tout emporter. Ça semblait impossible, et pourtant, ils l'ont fait : « healing has begun ».
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