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📽️ 17 octobre - La Marseillaise de la Bastille

Les images du 17 octobre sont innombrables. Les questions aussi. Je les rumine. Outre les jugements et les accusations, qui volent à tout va, je travaille, dans ma mémoire, ce que j'ai vu à Paris. Le disque dur continue de défragmenter.

Vers 17 heures, autour de la place de la Nation, arrivaient des milliers de personnes venues de République ou de Bastille. Des foules pacifiques, calmes et déterminées dans leurs revendications : défendre la jeunesse et rendre l'avenir plus désirable. Les enceintes crachaient du rap, de la techno ou du punk. Les visages souriaient devant les pancartes pleines d'esprit et de mordant. La place de la Nation était un sound-system anti-RN, un Woodstock franchouillard réactualisé en mode 2026.

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Je suis ensuite remonté jusqu'à Bastille, où le changement d'ambiance a été radical. Une foule de jeune courait dans la rue du Faubourg Saint-Antoine : ils avaient été chargés par des CRS. Certains, avec des gilets jaunes siglés "Gen Z", sont rapidement repartis vers la place en hurlant ACAB.

Ambiance tendue, électrique, pleine de fumigènes et de lacrymogènes. J'ai compris que les manifestants et émeutiers cherchaient à atteindre la colonne de Juillet. En bas de celle-ci : une trentaine de CRS les empêchaient par tous les moyens. Explosions, fumées, charges avec des matraques brandies.

Certains jeunes sont malgré tout arrivés brièvement à escalader la colonne. Ils ont profité du départ temporaire des CRS qui sécurisaient les pompiers, arrivés pour éteindre du mobilier urbain en flammes au début du boulevard Bourdon.

Il s'est alors passé quelque chose. Le premier réflexe de ces manifestants, tous de noir vêtus, a été de chanter la Marseillaise, acclamés par les autres restés en bas, et de brandir un drapeau de la France et du PSG. C'était un moment. Mais de quoi ?

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La fin de la vidéo le montre : les CRS sont revenus à la charge pour déloger tout ce petit monde. Réfugié sur les marches de l'opéra Bastille, j'ai assisté à la suite de ce ballet d'une violence inouïe. Des grappes de jeunes allumaient des incendies dans les coins de la place, lançaient des projectiles, feu d'artifices et mortiers, et tentaient des coups de bluff pour remonter sur la Colonne. Peine perdue, les CRS ont tenu. Quand la Brav-M et des renforts de camionnettes policières sont arrivés, la tension est montée d'un cran. J'ai décroché.

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Quand j'ai quitté la place, je me suis retrouvé en quelques minutes devant des scènes de pillages vers la Gare de Lyon. Des jeunes qui jouaient au foot et qui défonçaient les vitres et les volets métalliques d'un Carrefour. Quand ils y sont arrivés, seuls quelques-uns sont rentrés pour piquer de l'alcool. J'ai aussi vu un père de famille avec des enfants courir avec un sac de provisions. Avant que tout le monde ne soit dispersé par des CRS jetant leurs grenades et leurs fumigènes.

Une fois passé rive gauche via le pont d'Austerlitz : plus rien. Sur le Boulevard de l'Hôpital, des terrasses ouvertes, des dîners ou des touristes avec des valises. Que venait-il de se jouer, de l'autre côté de la Seine ? Personne n'en savait rien.