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    <title>famille &amp;mdash; michaël.txt</title>
    <link>https://michael.szadkowski.fr/tag:famille</link>
    <description>🗣️☕📚🎮🎸 le blog de Michaël Szadkowski 👾🌈☮️📽️🤘</description>
    <pubDate>Fri, 08 May 2026 05:27:24 +0000</pubDate>
    <item>
      <title>⛪️ Funérarium</title>
      <link>https://michael.szadkowski.fr/funerarium</link>
      <description>&lt;![CDATA[C&#39;était la première fois que je mettais les pieds dans un funérarium. Je ne sais pas à quel point ces lieux sont habituels dans les rituels de deuil. Il n&#39;y en pas vraiment à Paris ou en région parisienne - c&#39;est en tout cas ce que constatent les Vendéens, qui s&#39;en étonnent tant cela leur est familier. C&#39;était saisissant à découvrir.&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;En Vendée, les funérariums ouverts au public ont permis de perpétuer les coutumes locales après un décès. À savoir : les veillées funèbres. Pendant plusieurs jours, après la mort et avant l&#39;enterrement, le cadavre du défunt était exposé à son domicile, dans un cercueil ouvert. La famille, les proches, les connaissances, les voisins venaient lui rendre hommage, et discuter avec son cercle intime, qui vivait là avec la personne décédée.&#xA;&#xA;La pratique, fortement teintée de religion, s&#39;est perdue peu à peu selon Pèlerin Magazine. Mais ces veillées restent encore la norme en Vendée, selon toute la famille que j&#39;ai croisée aujourd&#39;hui. Et en fonction des habitudes et des possibilités des pompes funèbres, elles peuvent désormais se déplacer dans des lieux neutres : des funérariums, où tout est prévu pour ces moments d&#39;hommages et de recueillement collectif.&#xA;&#xA;C&#39;est ce qui arrive à Mamie Monique, qui est dans un funérarium depuis vendredi. &#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/CZwpxqyF/lEGbvvnW.jpeg&#xA;&#xA;Un établissement flambant neuf, inauguré en 2023. Entièrement climatisé, avec des citations au mur, des décorations et des couleurs douces. Dans une région côtière et rurale, où vivent beaucoup de personnes âgées, tout est manifestement très bien fait.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/4xQaNv8p/nggiXndo.jpeg&#xA;&#xA;Ces quatre derniers jours, de 9h à 20h, des connaissances, membres et amis de la famille, sont venus rendre visite à Mamie dans une salle dédiée. Son cercueil était ouvert, mais un thanatopracteur lui avait donné des traits paisibles. Ses mains croisées tenaient un chapelet. Mon cousin, qui comme moi n&#39;avait pas l&#39;habitude de  ces mises en scène, avait l&#39;impression qu&#39;elle allait se réveiller.&#xA;&#xA;Dans la pièce, une musique calme et relaxante, et un éclairage tamisé. Des sièges et des canapés prévus pour s&#39;asseoir. Sa photo sur un rondin, devant les fleurs laissées ou envoyées. Au mur, un petit écran diffuse des images apaisantes de la région. &#xA;&#xA;C&#39;était à la fois tout droit sorti d&#39;un film américain, et irréel. Chargé de quelque chose d&#39;indéfinissable.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/Db3J42VW/VM5TEEXe.jpeg&#xA;&#xA;Ses deux fils s&#39;y sont succédés en permanence pour accueillir les visiteurs. Ils étaient nombreux ce week-end, à passer comme ils pouvaient. Beaucoup ne seront pas là à l&#39;enterrement proprement dit. C&#39;était donc leurs au revoir.&#xA;&#xA;C&#39;était, pour mon père et son frère, l&#39;occasion de discussions pour faire le point, et de raviver des souvenirs avec des personnes croisées il y a très longtemps. Certains se sont épanchés longuement. Car dans la pièce, même si chacun peut se recueillir en paix, les discussions vont aussi bon train. On y a eu des moments profonds, et des anecdotes tout à fait triviales.&#xA;&#xA;Selon mon père, de telles veillées en présence de la personne décédée permettent aux vivants de mieux gérer la disparition. De visualiser, et d&#39;expérimenter avec les cinq sens, ce que cela signifie intimement pour chacun. Ce qui permet, ensuite, de mieux processer le deuil.&#xA;&#xA;Juste à côté, on avait droit à un espace dédié à la famille avec de quoi s&#39;asseoir, manger un bout, boire un café ou l&#39;apéro. Avec même un frigo et une kitchenette. On y a passé pas mal de temps, et c&#39;est là que j&#39;ai appris tout ça. Avant d&#39;aller prendre un moment pour remercier Mamie en tête-à-tête.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/G60TBsSb/ZOnd8tWx.jpg&#xA;&#xA;#deuil #famille #mort&#xA;&#xA;Réaction, question, idée ?&#xD;&#xA;Envoie un mail.&#xD;&#xA;Et abonne-toi, c&#39;est gratuit :)_]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>C&#39;était la première fois que je mettais les pieds dans un funérarium. Je ne sais pas à quel point ces lieux sont habituels dans les rituels de deuil. Il n&#39;y en pas vraiment à Paris ou en région parisienne – c&#39;est en tout cas ce que constatent les Vendéens, qui s&#39;en étonnent tant cela leur est familier. C&#39;était saisissant à découvrir.</p>



<p>En Vendée, les funérariums ouverts au public ont permis de perpétuer les coutumes locales après un décès. À savoir : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Veill%C3%A9e_fun%C3%A8bre">les veillées funèbres</a>. Pendant plusieurs jours, après la mort et avant l&#39;enterrement, le cadavre du défunt était exposé à son domicile, dans un cercueil ouvert. La famille, les proches, les connaissances, les voisins venaient lui rendre hommage, et discuter avec son cercle intime, qui vivait là avec la personne décédée.</p>

<p>La pratique, fortement teintée de religion, s&#39;est perdue peu à peu <a href="https://www.lepelerin.com/france/societe/pourquoi-organise-t-on-de-moins-en-moins-les-veillees-funebres-a-domicile-8405">selon <em>Pèlerin Magazine</em></a>. Mais ces veillées restent encore la norme en Vendée, selon toute la famille que j&#39;ai croisée aujourd&#39;hui. Et en fonction des habitudes et des possibilités des pompes funèbres, elles peuvent désormais se déplacer dans des lieux neutres : des funérariums, où tout est prévu pour ces moments d&#39;hommages et de recueillement collectif.</p>

<p>C&#39;est ce qui arrive à <a href="https://michael.szadkowski.fr/mamie-monique">Mamie Monique</a>, qui est dans un funérarium depuis vendredi.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/CZwpxqyF/lEGbvvnW.jpeg" alt="https://img.szadkowski.fr/CZwpxqyF/lEGbvvnW.jpeg"></p>

<p>Un établissement flambant neuf, inauguré en 2023. Entièrement climatisé, avec des citations au mur, des décorations et des couleurs douces. Dans une région côtière et rurale, où vivent beaucoup de personnes âgées, tout est manifestement très bien fait.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/4xQaNv8p/nggiXndo.jpeg" alt="https://img.szadkowski.fr/4xQaNv8p/nggiXndo.jpeg"></p>

<p>Ces quatre derniers jours, de 9h à 20h, des connaissances, membres et amis de la famille, sont venus rendre visite à Mamie dans une salle dédiée. Son cercueil était ouvert, mais un thanatopracteur lui avait donné des traits paisibles. Ses mains croisées tenaient un chapelet. Mon cousin, qui comme moi n&#39;avait pas l&#39;habitude de  ces mises en scène, avait l&#39;impression qu&#39;elle allait se réveiller.</p>

<p>Dans la pièce, une musique calme et relaxante, et un éclairage tamisé. Des sièges et des canapés prévus pour s&#39;asseoir. Sa photo sur un rondin, devant les fleurs laissées ou envoyées. Au mur, un petit écran diffuse des images apaisantes de la région.</p>

<p>C&#39;était à la fois tout droit sorti d&#39;un film américain, et irréel. Chargé de quelque chose d&#39;indéfinissable.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/Db3J42VW/VM5TEEXe.jpeg" alt="https://img.szadkowski.fr/Db3J42VW/VM5TEEXe.jpeg"></p>

<p>Ses deux fils s&#39;y sont succédés en permanence pour accueillir les visiteurs. Ils étaient nombreux ce week-end, à passer comme ils pouvaient. Beaucoup ne seront pas là à l&#39;enterrement proprement dit. C&#39;était donc leurs au revoir.</p>

<p>C&#39;était, pour mon père et son frère, l&#39;occasion de discussions pour faire le point, et de raviver des souvenirs avec des personnes croisées il y a très longtemps. Certains se sont épanchés longuement. Car dans la pièce, même si chacun peut se recueillir en paix, les discussions vont aussi bon train. On y a eu des moments profonds, et des anecdotes tout à fait triviales.</p>

<p>Selon mon père, de telles veillées en présence de la personne décédée permettent aux vivants de mieux gérer la disparition. De visualiser, et d&#39;expérimenter avec les cinq sens, ce que cela signifie intimement pour chacun. Ce qui permet, ensuite, de mieux processer le deuil.</p>

<p>Juste à côté, on avait droit à un espace dédié à la famille avec de quoi s&#39;asseoir, manger un bout, boire un café ou l&#39;apéro. Avec même un frigo et une kitchenette. On y a passé pas mal de temps, et c&#39;est là que j&#39;ai appris tout ça. Avant d&#39;aller prendre un moment pour remercier Mamie en tête-à-tête.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/G60TBsSb/ZOnd8tWx.jpg" alt="https://img.szadkowski.fr/G60TBsSb/ZOnd8tWx.jpg"></p>

<p><a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:deuil" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">deuil</span></a> <a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:famille" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">famille</span></a> <a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:mort" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">mort</span></a></p>

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      <guid>https://michael.szadkowski.fr/funerarium</guid>
      <pubDate>Mon, 23 Mar 2026 23:11:41 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>⬛ Mamie Monique</title>
      <link>https://michael.szadkowski.fr/mamie-monique</link>
      <description>&lt;![CDATA[Ses dernières années ont été longues, marquées par la maladie et le déclin. Mamie Monique est finalement morte jeudi 19 mars. Elle avait 91 ans.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/LBWRlWMB/rDE8qQvr.jpg&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Autant vous dire tout de suite, je n&#39;ai pas le moral. Deux deuils de grand-parents, aussi rapprochés, déclenchent diverses questions sur la présence de la mort, et des états d&#39;esprits plutôt sombres. Pour mes parents, c&#39;est encore plus difficile. Je fais aller en me focalisant sur le reste de la vie.&#xA;&#xA;Dès le départ, j&#39;ai apellé Monique &#34;Mamie&#34;. Je l&#39;ai connue très tôt, vers l&#39;âge de 3 ans. Elle était la mère de mon père - qui est aussi mon beau-père. &#xA;&#xA;Elle m&#39;a tout de suite adopté. Elle s&#39;inquiétait de savoir si je mangeais bien, et devisait régulièrement sur l&#39;état de mes &#34;cuissots&#34;. Pendant que la famille mangeait des fruits de mer (langoustines, coquillages... pas trop mon truc), elle me gardait des tomates ou des pots de rillettes, que j&#39;éclatais avec joie.&#xA;&#xA;Dès qu&#39;on arrivait chez elle et mon grand-père, Papy Guy, elle s&#39;inquiétait de notre mauvaise mine de Franciliens. Elle nous envoyait nous balader à la plage, par tous les temps. Quand on revenait, et qu&#39;on avait du rose sur les joues, elle disait qu&#39;on allait mieux. Elle a toujours vécu en Vendée, entre les Sables-d&#39;Olonne et Saint-Gilles-Croix-de-Vie. La mer a toujours compté dans son quotidien.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/1LWWtq1n/KgGfQbfE.jpg&#xA;&#xA;J&#39;ai vécu plusieurs semaines chez elle et Papy Guy en 2010, l&#39;été où j&#39;ai travaillé à Ouest-France. Une petite routine s&#39;était mise en place. Ils m&#39;attendaient pour dîner, et je leur racontais les histoires et reportages de la locale de Challans, dont le territoire de couverture s&#39;étendait jusqu&#39;à Noirmoutiers. Mamie avait découpé chaque article paru dans l&#39;édition papier de Ouest-France - Vendée cet été là. J&#39;ai toujours l&#39;enveloppe qui les contient.&#xA;&#xA;Ce même été, je leur avais caché être allé au Hellfest, prétextant une visite chez des amis. J&#39;avais passé deux jours à dormir dans ma Corsa sur le parking, après les concerts, les photos et diverses pratiques des lieux que Mamie n&#39;aurait certainement pas approuvées.&#xA;&#xA;Monique était profondément vendéenne et catholique, attachée à l&#39;ordre et à un certains sens des traditions. Elle menait une vie simple, construite autour de rituels immuables. Déjeuner à midi, dîner à 19h, la télévision allumée pendant les repas, mais aussi avant et après (Feux de l&#39;Amour, QPUC, Le Soir 3...). La marche ou le vélo pour aller aux courses, les cafés chez les voisins, la messe. &#xA;&#xA;Je ne lui ai jamais connu aucun excès, à part parfois un peu trop de beurre. Pas d&#39;alcool à l&#39;horizon. J&#39;ai souvent pensé qu&#39;elle nous enterrerait tous. Raté.&#xA;&#xA;La vie en ville et l&#39;agitation du monde ne l&#39;intéressait pas, voire, lui faisait peur. Elle apprenait ce qu&#39;elle voulait en savoir dans les JT de TF1. Très pieuse, elle ne lisait que des livres dédiés aux prières ou aux papes, Pèlerin Magazine, et allait fréquemment à Lourdes avec d&#39;autres &#34;anciens&#34;.&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/fNU9JGrK/fzX7JNgV.jpg&#xA;&#xA;Elle était aussi, avant tout, une femme au foyer du XXe siècle. Je ne crois pas qu&#39;elle ait jamais travaillée ailleurs que chez elle, pour sa maison, son mari et ses deux fils. Elle est née juste avant la Seconde Guerre Mondiale. Elle a vécu ses premières années dans une petite ferme, à dormir tous dans la même chambre, souvent sans électricité. Elle a ensuite vécu avec incrédulité la prospérité et les innovations des Trentes Glorieuses. Ses révolutions s&#39;appelaient frigo, congélateur, four électrique, aspirateur. Elle s&#39;est arrêtée au téléphone fixe (dans lequel elle hurlait) et à la télévision. Internet, les ordinateurs, ça n&#39;était pas pour elle, m&#39;avait-elle expliqué.&#xA;&#xA;Outre son amour pour ses petits-enfants, je garde aussi en mémoire sa patience infinie. Quand elle s&#39;occupait de nous dans la petite maison vendéenne tout en bois, avec ma sœur et mes cousins, et qu&#39;on lui en faisait voir de toutes les couleurs - quand on ne se cachait pas pour jouer à la Mega Drive en cachette. J&#39;imagine que sa rigueur, et ses cadres, ont contribué aussi à forger nos dépassements des interdits. Encore désolé Mamie. J&#39;espère que tout est plus calme.&#xA;&#xA;#deuil #famille #mort&#xA;&#xA;Réaction, question, idée ?&#xD;&#xA;Envoie un mail.&#xD;&#xA;Et abonne-toi, c&#39;est gratuit :)]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Ses dernières années ont été longues, marquées par la maladie et le déclin. Mamie Monique est finalement morte jeudi 19 mars. Elle avait 91 ans.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/LBWRlWMB/rDE8qQvr.jpg" alt="https://img.szadkowski.fr/LBWRlWMB/rDE8qQvr.jpg"></p>



<p><em>Autant vous dire tout de suite, je n&#39;ai pas le moral. <a href="https://michael.szadkowski.fr/pepe-le-poete">Deux deuils de grand-parents</a>, aussi rapprochés, déclenchent diverses questions sur la présence de la mort, et des états d&#39;esprits plutôt sombres. Pour mes parents, c&#39;est encore plus difficile. Je fais aller en me focalisant sur le reste de la vie.</em></p>

<p>Dès le départ, j&#39;ai apellé Monique “Mamie”. Je l&#39;ai connue très tôt, vers l&#39;âge de 3 ans. Elle était la mère de mon père – qui est aussi mon beau-père.</p>

<p>Elle m&#39;a tout de suite adopté. Elle s&#39;inquiétait de savoir si je mangeais bien, et devisait régulièrement sur l&#39;état de mes “cuissots”. Pendant que la famille mangeait des fruits de mer (langoustines, coquillages... pas trop mon truc), elle me gardait des tomates ou des pots de rillettes, que j&#39;éclatais avec joie.</p>

<p>Dès qu&#39;on arrivait chez elle et mon grand-père, Papy Guy, elle s&#39;inquiétait de notre mauvaise mine de Franciliens. Elle nous envoyait nous balader à la plage, par tous les temps. Quand on revenait, et qu&#39;on avait du rose sur les joues, elle disait qu&#39;on allait mieux. Elle a toujours vécu en Vendée, entre les Sables-d&#39;Olonne et Saint-Gilles-Croix-de-Vie. La mer a toujours compté dans son quotidien.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/1LWWtq1n/KgGfQbfE.jpg" alt="https://img.szadkowski.fr/1LWWtq1n/KgGfQbfE.jpg"></p>

<p>J&#39;ai vécu plusieurs semaines chez elle et Papy Guy en 2010, l&#39;été où j&#39;ai travaillé à <em>Ouest-France</em>. Une petite routine s&#39;était mise en place. Ils m&#39;attendaient pour dîner, et je leur racontais les histoires et reportages de la locale de Challans, dont le territoire de couverture s&#39;étendait jusqu&#39;à Noirmoutiers. Mamie avait découpé chaque article paru dans l&#39;édition papier de <em>Ouest-France – Vendée</em> cet été là. J&#39;ai toujours l&#39;enveloppe qui les contient.</p>

<p>Ce même été, je leur avais caché être allé au Hellfest, prétextant une visite chez des amis. J&#39;avais passé deux jours à dormir dans ma Corsa sur le parking, après les concerts, les photos et diverses pratiques des lieux que Mamie n&#39;aurait certainement pas approuvées.</p>

<p>Monique était profondément vendéenne et catholique, attachée à l&#39;ordre et à un certains sens des traditions. Elle menait une vie simple, construite autour de rituels immuables. Déjeuner à midi, dîner à 19h, la télévision allumée pendant les repas, mais aussi avant et après (<em>Feux de l&#39;Amour</em>, <em>QPUC</em>, <em>Le Soir 3</em>...). La marche ou le vélo pour aller aux courses, les cafés chez les voisins, la messe.</p>

<p>Je ne lui ai jamais connu aucun excès, à part parfois un peu trop de beurre. Pas d&#39;alcool à l&#39;horizon. J&#39;ai souvent pensé qu&#39;elle nous enterrerait tous. Raté.</p>

<p>La vie en ville et l&#39;agitation du monde ne l&#39;intéressait pas, voire, lui faisait peur. Elle apprenait ce qu&#39;elle voulait en savoir dans les JT de TF1. Très pieuse, elle ne lisait que des livres dédiés aux prières ou aux papes, <em>Pèlerin Magazine</em>, et allait fréquemment à Lourdes avec d&#39;autres “anciens”.</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/fNU9JGrK/fzX7JNgV.jpg" alt="https://img.szadkowski.fr/fNU9JGrK/fzX7JNgV.jpg"></p>

<p>Elle était aussi, avant tout, une femme au foyer du XXe siècle. Je ne crois pas qu&#39;elle ait jamais travaillée ailleurs que chez elle, pour sa maison, son mari et ses deux fils. Elle est née juste avant la Seconde Guerre Mondiale. Elle a vécu ses premières années dans une petite ferme, à dormir tous dans la même chambre, souvent sans électricité. Elle a ensuite vécu avec incrédulité la prospérité et les innovations des Trentes Glorieuses. Ses révolutions s&#39;appelaient frigo, congélateur, four électrique, aspirateur. Elle s&#39;est arrêtée au téléphone fixe (dans lequel elle hurlait) et à la télévision. Internet, les ordinateurs, ça n&#39;était pas pour elle, m&#39;avait-elle expliqué.</p>

<p>Outre son amour pour ses petits-enfants, je garde aussi en mémoire sa patience infinie. Quand elle s&#39;occupait de nous dans la petite maison vendéenne tout en bois, avec ma sœur et mes cousins, et qu&#39;on lui en faisait voir de toutes les couleurs – quand on ne se cachait pas pour jouer à la <em>Mega Drive</em> en cachette. J&#39;imagine que sa rigueur, et ses cadres, ont contribué aussi à forger nos dépassements des interdits. Encore désolé Mamie. J&#39;espère que tout est plus calme.</p>

<p><a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:deuil" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">deuil</span></a> <a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:famille" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">famille</span></a> <a href="https://michael.szadkowski.fr/tag:mort" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">mort</span></a></p>

<p><em>Réaction, question, idée ?</em>
<em><a href="https://letterbird.co/szadkowski">Envoie un mail</a>.</em>
<em>Et <a href="https://michael.szadkowski.fr/rss">abonne-toi</a>, c&#39;est gratuit :)</em></p>
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      <guid>https://michael.szadkowski.fr/mamie-monique</guid>
      <pubDate>Sun, 22 Mar 2026 17:01:14 +0000</pubDate>
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      <title>⬛ Pépé, le poète</title>
      <link>https://michael.szadkowski.fr/pepe-le-poete</link>
      <description>&lt;![CDATA[Mon grand-père est mort vendredi dernier, le 6 mars. Il s&#39;appelait Roland Masse. Il avait 89 ans. Il était avec moi depuis que je suis né, et il m&#39;a aussi élevé dans les premières années de ma vie. Il était, en quelque sorte, un troisième père (more on that later).&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/XsuCMPmW/en8n8Ep7.jpg&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;En plus de ma tristesse fondamentale, et de la préparation de son enterrement dans l&#39;Yonne, beaucoup d&#39;émotions se bousculent. Des souvenirs aussi. Le vélo, le Mac, le ping-pong, les vins de Bourgogne, les coups de pied au cul, les sourires. &#xA;&#xA;Je ne sais pas encore ce que j&#39;écrirai (ou non) sur sa vie, sur nos vies. Mais je commence par ce moment de début 2025, lors d&#39;un de ses séjours à l&#39;hôpital, qui annonçait une année difficile pour lui, et la famille.&#xA;&#xA;Croyant sa fin imminente, Pépé avait de longues insomnies. Il les a utilisées pour rassembler des messages essentiels à transmettre. Il a ensuite convoqué ses petits-enfants. Et nous sommes venus à son chevet, à l&#39;hôpital d&#39;Auxerre, pour en discuter.&#xA;&#xA;Il m&#39;a permis d&#39;enregistrer la conversation que j&#39;ai eue avec lui. Elle a bien duré 1 h 30. J&#39;admirerai toute ma vie cette manière de préparer sa mort, qui m&#39;a permis aussi, ces derniers jours, de me souvenir de lui.&#xA;&#xA;Parmi les sujets abordés, outre ses souvenirs et considérations sur la famille, la philosophie, la politique, la science..., Pépé m&#39;a parlé de son amour des mots, et de poésie. &#xA;&#xA;C&#39;était inattendu, même s&#39;il adorait lire. Mais pendant que je l&#39;écoutais, au regard de son émotion, j&#39;ai tout de suite su qu&#39;il faudrait retranscrire ce moment de notre discussion à sa disparition. C&#39;est, en quelque sorte, sa poésie à lui qu&#39;il m&#39;a offerte.&#xA; &#xA;Il m&#39;a dit : &#xA;&#xA;  Je crois que j&#39;ai toujours aimé la poésie, et trouvé la poésie magique. Je n&#39;ai su que très tard pourquoi. Au début, je ne comprenais pas pourquoi on disait : tiens, ceci, c&#39;est beau, ceci, c&#39;est pas beau. Il y avait des choses qui me paraissaient belles c&#39;est sûr. Mais à certains moments, d&#39;autres mots me paraissaient nettement plus beaux que les autres. Je me disais qu&#39;il devait y avoir quelque chose de caché, quelque chose que je ne voyais pas. Et bien, c&#39;est la magie du mot.&#xA;&#xA;  Pour le dessin, les lumières, la musique... toutes ces choses qui enchantent l&#39;âme, ce sont les vibrations qui comptent. Mais la poésie, ça enchante l&#39;âme d&#39;une manière très particulière. C&#39;est le verbe, c&#39;est le mot. Être poète, c&#39;est prendre une ligne, mettre des mots ou d&#39;autres choses avec, et d&#39;arriver à transformer le mot ou une partie de la phrase en un mot magique qui ouvre vers un horizon absolument infini.&#xA;&#xA;  Il y a un vers qui est tellement beau, je ne me rappelle même plus s&#39;il est d&#39;Apollinaire ou de Rimbaud. En même temps, j&#39;aime bien ne plus savoir, car à la fin, les deux se mélangent. Je vais te le dire, il n&#39;est pas long, c&#39;est une ligne. Le vers c&#39;est : &#34;Et l&#39;unique cordeau des trompettes marines&#34;.&#xA;&#xA;Depuis, j&#39;ai vérifié, il s&#39;agit bien d&#39;Apollinaire. Le poème s&#39;appelle Chantre, c&#39;est un monostiche de huit mots paru en 1913 dans un recueil qui s&#39;appelle Alcools. (source)&#xA;&#xA;Ce que Pépé m&#39;en a dit ensuite est plutôt bouleversant.&#xA;&#xA;  &#34;Et l&#39;unique cordeau des trompettes marines&#34;. C&#39;est tout, ça a l&#39;air de rien. Seulement, en le lisant, je sens l&#39;inconnu rouler vers ma nuque. D&#39;un seul coup, je suis projeté en mer. Tout l&#39;univers a cette vue extrêmement infinie. Je suis perdu, je suis noyé. Je suis sauvé, c&#39;est extraordinaire. Ce sont les poètes qui arrivent à faire ça.&#xA;&#xA;Parmi ses diverses recommandations de lectures ont figuré son autre poème préféré, Le Bateau Ivre, d&#39;Arthur Rimbaud. &#34;Le Bateau Ivre, mon Dieu que c&#39;est beau&#34;, m&#39;a-t-il dit. &#34;Je l&#39;ai toujours lu. Toujours relu. Quand quelque chose ne va pas bien, je le relis. Ces derniers jours, je l&#39;ai relu dans ma tête.&#34; Si vous lisez, relisez, écoutez Le Bateau Ivre (sur Wikipédia par exemple), vous pouvez en être sûr : Pépé sera content que ces mots vivent aussi en vous.&#xA;&#xA;Il m&#39;a aussi chargé de l&#39;apprendre à mes filles. Et plus généralement, de surveiller, pendant leurs récitations de poésies, les moments où les émotions se déclenchent dans leurs yeux. C&#39;est là où on trouve le plus facilement la magie dont il parlait.&#xA;&#xA;#deuil #famille #mort&#xA;&#xA;https://img.szadkowski.fr/doGEFXiU/wEMkFbaC.jpg&#xA;&#xA;Réaction, question, idée ?&#xD;&#xA;Envoie un mail.&#xD;&#xA;Et abonne-toi, c&#39;est gratuit :)]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Mon grand-père est mort vendredi dernier, <a href="https://www.lyonne.fr/avis-de-deces/avis/5010804">le 6 mars</a>. Il s&#39;appelait Roland Masse. Il avait 89 ans. Il était avec moi depuis que je suis né, et il m&#39;a aussi élevé dans les premières années de ma vie. Il était, en quelque sorte, un troisième père (<em>more on that later</em>).</p>

<p><img src="https://img.szadkowski.fr/XsuCMPmW/en8n8Ep7.jpg" alt="https://img.szadkowski.fr/XsuCMPmW/en8n8Ep7.jpg"></p>



<p>En plus de ma tristesse fondamentale, et de la préparation de son enterrement dans l&#39;Yonne, beaucoup d&#39;émotions se bousculent. Des souvenirs aussi. Le vélo, le Mac, le ping-pong, les vins de Bourgogne, les coups de pied au cul, les sourires.</p>

<p>Je ne sais pas encore ce que j&#39;écrirai (ou non) sur sa vie, sur nos vies. Mais je commence par ce moment de début 2025, lors d&#39;un de ses séjours à l&#39;hôpital, qui annonçait une année difficile pour lui, et la famille.</p>

<p>Croyant sa fin imminente, Pépé avait de longues insomnies. Il les a utilisées pour rassembler des messages essentiels à transmettre. Il a ensuite convoqué ses petits-enfants. Et nous sommes venus à son chevet, à l&#39;hôpital d&#39;Auxerre, pour en discuter.</p>

<p>Il m&#39;a permis d&#39;enregistrer la conversation que j&#39;ai eue avec lui. Elle a bien duré 1 h 30. J&#39;admirerai toute ma vie cette manière de préparer sa mort, qui m&#39;a permis aussi, ces derniers jours, de me souvenir de lui.</p>

<p>Parmi les sujets abordés, outre ses souvenirs et considérations sur la famille, la philosophie, la politique, la science..., Pépé m&#39;a parlé de son amour des mots, et de poésie.</p>

<p>C&#39;était inattendu, même s&#39;il adorait lire. Mais pendant que je l&#39;écoutais, au regard de son émotion, j&#39;ai tout de suite su qu&#39;il faudrait retranscrire ce moment de notre discussion à sa disparition. C&#39;est, en quelque sorte, sa poésie à lui qu&#39;il m&#39;a offerte.</p>

<p>Il m&#39;a dit :</p>

<blockquote><p>Je crois que j&#39;ai toujours aimé la poésie, et trouvé la poésie magique. Je n&#39;ai su que très tard pourquoi. Au début, je ne comprenais pas pourquoi on disait : tiens, ceci, c&#39;est beau, ceci, c&#39;est pas beau. Il y avait des choses qui me paraissaient belles c&#39;est sûr. Mais à certains moments, d&#39;autres mots me paraissaient nettement plus beaux que les autres. Je me disais qu&#39;il devait y avoir quelque chose de caché, quelque chose que je ne voyais pas. Et bien, c&#39;est la magie du mot.</p>

<p>Pour le dessin, les lumières, la musique... toutes ces choses qui enchantent l&#39;âme, ce sont les vibrations qui comptent. Mais la poésie, ça enchante l&#39;âme d&#39;une manière très particulière. C&#39;est le verbe, c&#39;est le mot. Être poète, c&#39;est prendre une ligne, mettre des mots ou d&#39;autres choses avec, et d&#39;arriver à transformer le mot ou une partie de la phrase en un mot magique qui ouvre vers un horizon absolument infini.</p>

<p>Il y a un vers qui est tellement beau, je ne me rappelle même plus s&#39;il est d&#39;Apollinaire ou de Rimbaud. En même temps, j&#39;aime bien ne plus savoir, car à la fin, les deux se mélangent. Je vais te le dire, il n&#39;est pas long, c&#39;est une ligne. Le vers c&#39;est : <em>“Et l&#39;unique cordeau des trompettes marines”</em>.</p></blockquote>

<p>Depuis, j&#39;ai vérifié, il s&#39;agit bien d&#39;Apollinaire. Le poème s&#39;appelle <strong>Chantre</strong>, c&#39;est un monostiche de huit mots paru en 1913 dans un recueil qui s&#39;appelle <strong>Alcools</strong>. <a href="https://books.openedition.org/puv/12702?lang=fr">(source)</a></p>

<p>Ce que Pépé m&#39;en a dit ensuite est plutôt bouleversant.</p>

<blockquote><p>“Et l&#39;unique cordeau des trompettes marines”. C&#39;est tout, ça a l&#39;air de rien. Seulement, en le lisant, je sens l&#39;inconnu rouler vers ma nuque. D&#39;un seul coup, je suis projeté en mer. Tout l&#39;univers a cette vue extrêmement infinie. Je suis perdu, je suis noyé. Je suis sauvé, c&#39;est extraordinaire. Ce sont les poètes qui arrivent à faire ça.</p></blockquote>

<p>Parmi ses diverses recommandations de lectures ont figuré son autre poème préféré, <em>Le Bateau Ivre</em>, d&#39;Arthur Rimbaud. <em>“Le Bateau Ivre, mon Dieu que c&#39;est beau”</em>, m&#39;a-t-il dit. <em>“Je l&#39;ai toujours lu. Toujours relu. Quand quelque chose ne va pas bien, je le relis. Ces derniers jours, je l&#39;ai relu dans ma tête.”</em> Si vous lisez, relisez, écoutez <em>Le Bateau Ivre</em> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bateau_ivre">(sur Wikipédia par exemple)</a>, vous pouvez en être sûr : Pépé sera content que ces mots vivent aussi en vous.</p>

<p>Il m&#39;a aussi chargé de l&#39;apprendre à mes filles. Et plus généralement, de surveiller, pendant leurs récitations de poésies, les moments où les émotions se déclenchent dans leurs yeux. C&#39;est là où on trouve le plus facilement la magie dont il parlait.</p>

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      <pubDate>Wed, 11 Mar 2026 20:11:30 +0000</pubDate>
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