michaël.txt

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😡 Caninuls

Comme pour tout le monde à Paris (sauf peut-être Yann Barthès 😒), la canicule n'a pas été une partie de rigolade.

Chaque jour, le degré qui monte dans l'appartement jusqu'aux 32 degrés malgré les volets fermés, le chat en PLS, les réveils dans le gaz, la bouche sèche et l'impossibilité croissante de rafraîchir les pièces par des courants d'air.

Étant en congés, j'ai eu la chance de pouvoir sortir mes filles de l'école - qui nous demandait de le faire - et pouvoir les maintenir au frais ou à l'ombre, entre de rares moments brûlants à l'air libre.

Du mercredi au vendredi, j'ai aussi pu enchaîner quatre séances de cinéma, dont les deux films sur De Gaulle de 2 h 45 chacun (le premier, bof, le deuxième, bien mieux). Le reste du temps, je me suis cloitré dans un bain froid avec des livres ou de quoi jouer, pour atténuer les effets négatifs de la chaleur qui sont amplifiés par les quelques traitements que je prends.

Quand, vendredi, le festival Solidays a été annulé alors que j'avais une place pour voir Gims avec ma fille, je n'ai pas vraiment réfléchi, et demandé à mes parents de pouvoir venir chez eux en Vendée. Ils ont la chance d'avoir un petit appartement près de la mer.

Nous y avons foncé et nous alternons, depuis, entre piscine, mer, et ambiance supportable entre 25 et 32 degrés. Après une semaine raplapla, j'ai la chance de voir ma fille reprendre vie, de se remettre à jouer, courir, sauter partout dans l'eau.

C'est une adaptation individuelle, rendue possible par la gentillesse et les moyens de ma famille.

Combien de gens n'ont pas la chance de pouvoir prendre l'air de la sorte ? La canicule est aussi une lutte des classes, comme le titre Fakir. Combien sont encore bloqués dans des fournaises, dans des appartements petits et mal isolés ? Combien ont souffert, et vont encore souffrir, dans les semaines qui viennent, sans parler des étés qui viennent ?

Mon cousin, qui s'est aussi échappé en Vendée ce week-end, a passé plusieurs jours à 35 degrés dans son appartement près des toits à Paris avec ses deux fils en bas âge. C'est dangereux.

Nous ne sommes manifestement pas prêts pour de tels épisodes. Cela devrait être une priorité. Il y a bien sûr la lutte de longue haleine contre le réchauffement climatique, qui prend un retard criminel pour des tas de raisons, comme l'hypercapitalisme et la remise en cause des sciences climatiques. Ce sont les méchants qui gagnent, comme l'a dit mon collègue Nabil Wakim de Chaleur Humaine, qui a été impeccable cette semaine dans ses interventions.

Mais il y a aussi les adaptations, les aménagements, les moyens de traverser la chaleur qui ne sont pas assez là. Les conséquences des canicules se comptent en nombre de morts, en hôpitaux surchargés, mais ce n'est pas que ça.

L'annulation de Solidays, par exemple, met en danger l'association Solidarité Sida, qui n'avait vraiment pas besoin perdre trois millions d'euros pour financer ses activités de lutte contre la maladie (pour faire un don, c'est là).

L'organisateur expliquait aussi hier sur France Info que l'annulation du festival posait divers problèmes concrets, comme la nourriture prévue pour le festival qui se retrouvait en péril et potentiellement gâchée (on parle de repas pour des dizaines de milliers de gens sur trois jours).

Ce sont aussi l'équivalent de milliers d'euros de bouffe qui a été gaspillée dans plusieurs magasins autour de chez moi : leurs frigos, trop sollicités, ont lâché.

Tous ces exemples aperçus depuis mon balcon sont des sujets publics, forcément publics. Les déclarations du gouvernement cette semaine m'ont atterré, alternant entre légèreté, approximation, et manque d'adaptation.

Les états de nerfs, de fatigue physique et morale causés par la canicule, laissent des traces, et on ne parle pas de simple fatigue passagère. Savoir qu'on fonce dans le mur sans le début de protections adéquates n'est pas vraiment de nature à rassurer la jeunesse sur son avenir, déjà assez pessimiste en général. Le fait qu'elle soit parmi les premiers concernés par le manque d'adaptation des écoles, ou le maintien des examens du bac ou du brevet pour des raisons inexplicables, est encore plus révélateur des formes de mépris dont elle est souvent victime.

La faillite de la gestion publique de la canicule me déprime aussi, car elle valide un discours contre lequel j'essaye de lutter, mais contre lequel j'ai de moins en moins d'arguments : qu'est-ce qu'on est nuls, parfois.

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