👾 Chéri.e, y a de l'IA dans l'entrée
Je suis perturbé par les dernières annonces de Google, qui avance vers davantage d'IA dans sa fonction de base : les résultats de recherche. Si tu n'as pas suivi, j'ai écrit un article sur le sujet.
En résumé : en cherchant un truc sur Google, la plupart des gens dans le monde ont des résumés de résultats générés automatiquement par Gemini (l'IA de Google). Des paragraphes s'affichent parmi les liens présentés, ou alors, dans une conversation façon ChatGPT, si on clique sur Mode IA.
La France est pour le moment épargnée. Mais ça ne devrait pas durer. D'ailleurs, Google trouve les Français ringards, et nous le dit.
Et pendant ce temps-là, l'entreprise continue d'avancer. On l'a vu mardi dernier pendant Google I/O - une conférence dédiée aux professionnels (développeurs, éditeurs de sites ou d'applis Android, publicitaires...). Cette année, c'était encore la fête de l'IA (agents autonomes, lunettes connectées, etc.).
C'est logique : Google est l'un des principaux acteurs du secteur. Avec des atouts comme une domination déjà totale d'Internet, un nombre colossale de données à disposition (indexation du web, vie privée des utilisateurs, etc.), et d'énormes capacités d'investissements. Ses outils grand public (comme Gemini) tiennent la route par rapport à ses concurrents, et sont très utilisés.
Dring Dring
L'accélération des déploiements de l'IA dans la recherche Google place la problématique à un autre niveau : celui des personnes qui n'utilisent pas Gemini (ou ChatGPT ou...) de leur plein gré.
Or, autour de moi, tout le monde passe par Google d'une manière ou d'une autre. Par exemple ma grand-mère avec le gros G de l'appli sur l'écran accueil de son smartphone. Jusqu'à mes potes et collègues qui oscillent entre « un peu nerds » et « ultra geeks », avec l'équivalent d'un million de recherches dans Chrome ou Firefox basées sur Google, 13000 livres dans leurs Google Drive ou 15 ans de photos dans Google Photos.
Si, ou plutôt quand, Google déploiera les résumés IA et le mode IA dans son interface en France, tout le monde verra, et vivra, l'IA générative appliquée au texte. Les recherches sur Google sont, sans doute, parmi les pages les plus consultées. C'est un peu comme quand Meta a introduit Meta IA en accueil de WhatsApp : on voit l'IA débouler sur le palier d'Internet.
Ces modifications de Google touchent aussi à une vieille fonction du web : les liens, et la navigation de pages en pages. Les personnes qui lisent des textes générés par une IA dans un moteur recherche vont-ils, ensuite, lire d'autres choses sur des sites ? Il est fort à parier que non : les chiffres aux Etats-Unis le montrent.
C'est un danger pour tous les sites Internet qui dépendent de leur visibilité sur Google pour leurs revenus (pour que leurs employés touchent un salaire, ou que leurs activités se développent, par exemple). Pour les médias, et j'en sais quelque chose, le trafic issu de Google demeure un enjeu central de visibilité et de rémunération. Vous pouvez lire à ce sujet le bon édito de Frandroid qui parle de « fin d'une époque ».
No clic
Le sujet n'est pas nouveau. Cela fait longtemps que Google absorbe des données pour les présenter dans son interface (météos, horaires de ciné, etc.), ce qui fragilise les sites qui fournissent l'info à l'origine.
Mais je crains que l'IA dans la recherche Google ne fasse un effet plus profond sur ses utilisateurs. Avoir une IA générative qui te donne un texte pour répondre à une recherche détourne du principe même de l'exploration au clic sur différentes pages pour lire, comparer, approfondir.
On passe d'une forme active à une forme passive appliquée aux mots, qui diminue l'apport de divers paramètres dans la transmission d'une info textuelle. L'identité d'un site Internet, son architecture et ses principes de fonctionnement, sont gommés, alors qu'ils portent en eux des messages tout aussi importants que les contenus diffusés.
D'où vient un bout de savoir, qui le donne, comment il est formulé... Tout cela disparaît, s'amenuise dans une réponse textuelle générée par une IA, aussi sympa et flatteuse soit-elle.
Miam miam
On a beaucoup parlé de ce sujet toute la semaine, entre collègues, et avec diverses connaissances. Parmi les questions : Google ne se tirerait-il pas une balle dans le pied, en fragilisant des sites Internet qui sont la manne sur laquelle il repose pour exister ?
J'ai découvert que non, pas forcément, à l'occasion d'une autre partie de Google I/O 2026 dédiée aux publicités. Merci à Matthias Ott d'avoir fait, sur son superbe site perso indépendant, un résumé et apporté quelques perspectives.
J'y ai compris que Google avait de moins en moins besoin des données de sites web classiques pour entraîner ses modèles IA, au fur et à mesure des ponts construits entre Gemini et les Gmail, GDrive, etc. des utilisateurs. Autant d'interfaces qui regorgent effectivement de tous types de textes personnels (boites mails, Google Docs...).
Disclaimer
J'en profite pour un aparté : la configuration technique de michaël.txt a eu lieu en partie avec l'aide de... Gemini. L'IA de Google. Oui, je sais.

Mais je ne suis pas codeur, ni développeur, ni administrateur système maniant finement le SSH. Avoir Gemini en béquille, dans ce cadre précis et voulu, m'a été utile pour configurer le serveur Infomaniak et les applications installées dessus. En gros : je soumettais des idées ou indications sur ce que je voulais réaliser, et Gemini répondait avec des infos techniques, ou du code à insérer quelque part, que j'aurais été incapable de pondre de mon côté.
J'ai aussi lu pas mal de documentations, de sites, de forums, de réseaux pour trouver les idées, ou les réponses à mes questions. Ce qui me permettait de constater que Gemini disait parfois de la merde, et m'emmenait dans des chantiers pas du tout adaptés à ma config'.
Plein de fois, il m'a aussi donné de bonnes infos, que je ne trouvais pas autrement. J'ai appliqué plusieurs de ses tutos à la lettre, et d'autres non.
Au départ, je rigolais quand Gemini surjouait dans ses réponses le défenseur du web indépendant, pour s'adapter à mes demandes. Et après, ça m'a fait déprimer de constater à quel point Google avait absorbé toutes les composantes d'Internet, même les alternatives de ses plus farouches opposants.
Et quant au choix de Gemini dans ce contexte : ayant actuellement une vie numérique déjà très connectée à Google, y ajouter ce projet (et disposer d'un historique des réponses facilement accessible) m'ont paru un moindre mal. Ce ne sont pas quelques données en plus qui allaient faire la différence, pas vrai ?
Et bien, si. Cela m'a permis aussi de comprendre à quel point le dialogue avec une appli d'IA générative pouvait l'abreuver d'informations pas accessibles ailleurs. Poser des questions, et écrire des prompts, révèle énormément des choses sur la personne qui écrit. C'est vertigineux.
J'ai testé, en comparaison, des LLM dits propres, sans historiques ni connexions aux mises-à-jour en ligne, et avec des modèles plus légers. Ils m'ont répondu de sacrés conneries dès le départ, et étaient, en fait, inutilisables pour mes besoins.
Alternatives
Tout ceci étant dit, il faut aussi se rappeler que beaucoup de promesses de Google ne se passent pas comme prévues. En 2014, au Google I/O à San Francisco, j'avais pu essayer les Google Glass, qui se sont révélées être un sacré flop. Mais aussi avoir une démo poussée d'Android Auto, qui est devenue une norme.
On ne sait pas encore à quel point l'IA s'imposera et restera dans Google. La bulle peut éclater, et les utilisateurs râler.
Mais je trouve désormais important de savoir quels outils de recherche proposent encore des listes de liens classiques, à l'ancienne, mettant en avant des sites Internet sans résumés d'IA générative qui s'imposent par la bande.
En ce qui concerne les navigateurs alternatifs à Chrome, je ne trouve pas grand monde. Et je découvre que les résumés par IA sont aussi proposés sur Firefox. Sur Opera. Sur Brave. Même DuckDuck Go fait la pub de son Duck AI !
Tous promettent une confidentialité plus ou moins similaire à celle de leur navigation, et l'absence d'utilisation des données personnelles pour entraîner les LLM tournant dans ces outils.
Mais quand même !
Je me retrouve donc actuellement sur Vivaldi, qui repose sur Chromium, et a l'avantage de ne proposer aucun volet IA dans ses résultats de recherche. Les équipes en font même un argument pour continuer à découvrir des choses sur Internet de manière très vintage : en cliquant.
Pfiou, le coup de vieux.