đ« J'ai mal partout aprĂšs le concert de SOAD, et je ne regrette rien

Il y a des concerts qui donnent une authentique pĂȘche, ou banane, selon lâhumeur fruitiĂšre. Câest le cas du premier show de System Of A Down au Stade de France, hier soir 2 juillet.
C'Ă©tait exceptionnel, magistral, avec une ambiance de dingue. Le genre de moments rares, oĂč tu te dis en permanence « Ah putain, ce que câest bien ».
Depuis mon rĂ©veil douloureux, plein de contusions et de douleurs Ă la cheville gauche, je continue de mâexclamer et de lancer de telles analyses devant les photos et vidĂ©os. Dans les Whatsapp de dĂ©briefs, tout le monde parle dâun concert exceptionnel, « pour lâhistoire ». Et on a tous aussi des bleus partout, en raison des incessants circle pits qui ont secouĂ© le Stade de France â il y en avait vraiment beaucoup, et tout le temps.
Avant cela, il sâest passĂ© beaucoup de choses.
Quelques heures avant lâouverture des portes, jâapprends avoir gagnĂ© une place en Pelouse Or grĂące Ă un concours sur la page Facebook de Hard Force. Oui, ce genre de choses arrive. Ce nâest pas un scam, je reçois bien la place. Mille mercis Hard Force.
ProblĂšme : avec le JĂ©rĂ©mie qui mâaccompagne, nous avons deux places Pelouse Normale, dĂ©jĂ suffisamment chĂšres, et les seules que nous avions rĂ©ussi Ă avoir. Pas question de laisser tomber JĂ©rĂ©mie. Et personne ne peut prendre la place en trop dans mes contacts.
Nous tentons donc de refourguer cette Pelouse Or Ă lâentrĂ©e du Stade de France, transformĂ© dĂšs l'aprĂšs-midi en Disneyland mi-SOAD mi-Hellfest, entre biĂšres Ă emporter, grosses sonos, t-shirts mĂ©tal et tatouages partout. La bonne humeur du public donnait de sĂ©rieux indices quâon Ă©tait bien partis. J'arrive mĂȘme Ă croiser ma cousine au hasard đ«
Mais bien sĂ»r, personne nâavait besoin dâune place Ă cet endroit.
On est donc rentrĂ© en Pelouse Normale au sud du Stade, avec un JĂ©rĂ©mie qui dĂ©couvrait les lieux et trouvait ça, peut-ĂȘtre, un peu trop petit.

Puis, au hasard de la fosse, nous tombons sur une bande venue du Loiret. Tous avaient des places Pelouse Or, sauf lâun dâentre eux avec sa Pelouse Normale, que la bande ne voulait pas le laisser tomber.
JĂ©rĂ©mie et son talent social rĂ©ussissent Ă obtenir un accĂšs Pelouse Or en Ă©change⊠dâune biĂšre. Grand merci, Anne.
IncrĂ©dules, nous remontons les couloirs du Stade de France. Et parvenons bien Ă franchir les barriĂšres Pelouse Or avec ces billets obtenus Ă la volĂ©e. Nous voilĂ tout devant de maniĂšre complĂštement inespĂ©rĂ©e. Je nâen reviens toujours pas. Mon seul regret est de ne pas pouvoir faire profiter du plan Ă toutes les connaissances derriĂšre qui se rejoignent peu-Ă -peu en se coordonnant sur WhatsApp.
Nous finissons Acid Bath, et revoyons une nouvelle fois Queens of The Stone Age, dans des conditions idĂ©ales, Ă lâombre sous un ciel bleu, les biĂšres pleines. Josh Homme est plus calme que dâhabitude, et la bande semble Ă©crasĂ©e par la grandeur des lieux â ce nâest pas forcĂ©ment un groupe de stade, mĂȘme si on les aime fort. Leur setlist axĂ©e sur les tubes fait quand mĂȘme remuer beaucoup de tĂȘtes, et me rend dĂ©jĂ sacrĂ©ment heureux.

Puis lâattente et lâambiance pour System Of A Down montent. Le nombre de fans authentiques du groupe est impressionnant. Cela mâavait dĂ©jĂ frappĂ© en les ayant vus au Download 2017 Ă BrĂ©tigny : System est un groupe intergĂ©nĂ©rationnel, qui met quasiment tout le monde dâaccord, que tout le monde connaĂźt plus ou moins par cĆur. Mais si, vous connaissez Chop Suey!.
à cela s'ajoute une certaine rareté de leurs passages en France, et les risques réguliers de séparation en raison des tensions entre les membres. En 2026, ils sont aussi portés par le retour de hype du néo-métal. Tout ça leur permet de remplir deux Stades de France, avec beaucoup de jeunes dans le public.
Nous faisons la connaissance de deux mecs trĂšs chauds et motivĂ©s, du genre Ă foutre le bordel, mais sympas. Ils sont nĂ©s en 2006. Avec JĂ©rĂ©mie, on conclut trĂšs vite que câĂ©tait nous il y a vingt ans.
Ă un moment, lâun dâeux, maquillĂ© comme Serj Tankian, sort des poches de son pantalon cargo⊠deux O Tacos froids. Jâen croque plusieurs bouchĂ©es juste avant que ne dĂ©marre SOAD. Ă lâheure quâil est, je ne suis toujours pas malade. Merci les jeunes.

Le concert se lance. La mayonnaise prend d'emblĂ©e. Les fosses de System sont parmi les meilleures que jâai faites Ă ce jour, en raison de leur ambiance. Cela se vĂ©rifie Ă nouveau trĂšs vite. Ăa saute et ça se bouscule dĂšs les premiers morceaux. Humeur trĂšs joyeuse. Les gens chantent, se rentrent dedans en rigolant.
Le son est bon. Les quatre jouent encore bien, mĂȘme si Serj Tankian commence Ă accuser son Ăąge. Le bougre chante, joue de son clavier et de sa guitare tout de mĂȘme sans fausse note.
Le bassiste Shavo saute partout, et, ĂŽ joie, on entend tout ce quâil joue.
Le batteur tabasse avec un t-shirt en hommage à la révolution française.
Daron Malakian Ă la guitare, chante et joue toujours parfaitement, sans en faire trop, sauf pour des blagues de merde. Elles sont compensĂ©es par les messages politiques anti-impĂ©rialistes et anti-guerre de System, quâil se charge de rappeler. Fuck You Benjamin NĂ©tanyahou, hurle-t-il, en se faisant applaudir. Pareil pour les hommages aux enfants tuĂ©s Ă Gaza.
Comme lâĂ©crit LâObs, cette "grand-messe insoumise" â sponsorisĂ©e par Live Nation, car on n'est pas Ă une contradiction prĂšs â a lieu sans fioritures. On a quatre mecs qui jouent devant des grosses enceintes, avec des visuels bien fichus derriĂšre, point. Pas de flammes, pas de feu dâartifice.
Mais des tubes, que des tubes, de tous les albums, pendant deux heures. Chop Suey!. Toxicity. Aerials. La playlist est parfaite. McFly et Carlito en perdent aussi leurs voix.
Câest pourtant long, deux heures dans une fosse comme celle-lĂ . La fatigue est lĂ . Les pogos et les circle pits laissent vite des traces et des bleus. Heureusement, quelques moments plus calmes et Ă©motionnels arrivent pour recharger les batteries.
JĂ©rĂ©mie console quelqu'un en larmes, drapĂ© de son drapeau armĂ©nien, pendant Lonely Days. Il nâa pas vu que jâĂ©tais moi aussi en larmes durant ce morceau, celui du deuil par excellence.

AprĂšs les derniers pogos, le concert se termine. Jâai perdu une gourde et une cheville, gagnĂ© trois gobelets. On sort du Stade hĂ©bĂ©tĂ©s. Mon smartphone ne capte rien, je ne parviens pas Ă savoir oĂč se retrouve la bande du Hellfest qui Ă©tait lĂ , elle aussi. On marche donc jusquâaux vĂ©los, entourĂ© d'un public sourires aux lĂšvres, qui rechantent les hymnes de SOAD devant la police qui surveille la sortie.
AprÚs quelques kilomÚtres à pédaler en pleine nuit, on conclut la soirée par la découverte de Tasty Crousty, et de son poulet sauce sucrée piquante.
Et vous savez quoi ? CâĂ©tait dĂ©licieux !