🚀 Le Vaisseau
Est-ce qu'on a dégusté de la cervelle, du cœur de bœuf, et arrosé tout ça de cocktails tequila-whisky, et de bouillon d'œuf de caille ? Oui.
Est-ce que j'ai mangé dans un des meilleurs restaurants de ma vie ? Absolument.
Cela s'est passé au Vaisseau, tenu par Adrien Cachot, le fameux cuisinier de Top Chef. Un craquage qu'on s'est offert pour nos anniversaires. Le restaurant a une étoile au Michelin – et seulement 3T Télérama, alors qu'il en vaut clairement 4.
Dans un décor feutré et tout noir, où le maître de salle accueillait par un joyeux “bienvenue à bord”, on s'est embarqués dans une aventure : celle de ne rien savoir du menu. Seules deux formules sont possibles, la “N'importe quoi”, et le “Grand n'importe quoi”. Qu'on pouvait compléter par des accords avec tous types de boissons alcoolisées, gérées par un sommelier qui décide, là encore, de tout.
On s'en est remis entièrement aux inventions d'Adrien Cachot et de son équipe, et on s'est lancés dans le “N'importe quoi”. Dans une chorégraphie impeccable, les serveuses et serveurs, avec leurs chemises Dickies, déposaient les plats, servis dans la vaisselle incroyable d'une certaine Amandine Richard. Les explications, et le détail des ingrédients, ne venaient qu'une fois les assiettes vides. On a demandé une feuille et un stylo pour jouer aux devinettes tout au long du repas.
Pendant ce temps-là , le chef surveillait la salle depuis sa cuisine éclairée de rouge, manifestement concerné par le bonheur des convives. Il n'avait rien à craindre. Tout était exceptionnel. Je me suis rarement autant régalé, même avec un simple beurre au thé noir fumé, dont on s'est goinfré sur des tartines de pain. Les rares plats ou vins décevants n'étaient ni mauvais, ni ratés : ils étaient seulement moins fous, ou délicieux, que les autres.
S'il était parfois possible de deviner ce qu'il se passait, on s'est pris pas mal de surprises dans la bouche. Le cœur de bœuf donc, qui n'a rien à voir avec la tomate, et qu'on a cru être de la volaille ou du pigeon (ça m'apprendra à lire des spoilers sur Internet). La cervelle panée dans sa sauce aigre-douce, qu'on a prise pour de la crevette ou du poulet.
Rien de tout cela n'était gratuit, ou dédié à choquer inutilement. Tout faisait sens, et se recoupait dans la qualité absolue de produits fondants à souhait. Tous très fins, et souvent relevés par d'incroyables saveurs piquantes. On a ainsi découvert qu'il était possible de faire infuser les membranes de noix de Saint-Jacques dans une huile pimentée. Un délice.
Dans les alcools, un Pouilly-Fuissé, mais aussi un whisky français coupé à la téquila, et un gin à la verveine, étaient à tomber par terre, et particulièrement originaux pour relever les plats.
Peut-être un peu éméché, et porté par le plaisir de l'exploration partagée, j'en suis même venu, à l'orée des desserts, à me réconcilier avec mes 40 ans. Si la décennie à venir est celle des nouveaux territoires, devenus accessibles grâce aux fruits de notre expérience et d'une meilleure connaissance de soi, et bien, allons-y. On sera fauchés, mais heureux dans l'audace.
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