🧠 J'ai été diagnostiqué TDAH, et heureusement

Les pensées en toupie.
La désorganisation.
Les retards.
Le bordel.
L'oubli.
L'impulsivité.
L'imprévisibilité.
L'insupportable ennui.
L'insupportable routine.
La difficulté à finir un projet.
Les tunnels d'hyperconcentration.
Les obsessions qui déboulent et repartent.
L'avalanche de mots pour expliquer ou contextualiser.
L'attention permanente à ce qu'il se passe dans le décor.
Surfer sur les choses et l'art du multitask.
Se laisser noyer dans les verres d'eau.
Oublier un truc en cours de route.
Être paralysé face à une tâche.
La joie de l'exploration.
La quête de dopamine.
Les addictions.
Le zapping.
L'alcool.
Qui pétille.
Les achats compulsifs.
Les 114 onglets ouverts.
Le métal, les musiques extrêmes.
Les décisions sur un coup de tête.
L'évaporation des longues relations.
Le manque de confiance en soi.
Les up-and-down émotionnels.
Le syndrome de l'imposteur.
L'humour foireux.
Parler trop vite.
La culpabilité.
Tous ces phénomènes font partie de moi. Ils sont assez banals. Après plusieurs années de travail, je les prends comme un tout, et les associe à la configuration de mon cerveau liée au TDAH (trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité).
Car donc, oui, j'ai été diagnostiqué.
Un cliché comme un autre pour les gens de mon âge !
Je coche beaucoup trop de cases de cette liste.
Au-delà des blagues, la tendance de fond existe, et se raconte par divers canaux. Je ne parle pas des comptes Insta ou TikTok qui enchaînent des sketchs relatable pour te vendre du coaching. Plutôt des médias comme Louie, qui vient de sortir un podcast tout en finesse sur le sujet. Je t'invite à l'écouter.
Tu peux aussi lire ce papier de Libé : « Mon cerveau, c’est comme du pop-corn» : comment le diagnostic d’un TDAH à l’âge adulte change la vie, ou ce dossier de L'Obs. Ou encore, cette BD bien foutue.
Mouais ?
Il y a des tas d'autres exemples récents. C'est une bonne chose. Plus nous serons attentifs et concernés par les psychologies des individu.e.s, mieux nous irons. C'est aussi pour ça que je témoigne dans le livre de Laure Dasinieres, Nos attentions particulières. Cela reste malheureusement une galère coûteuse pour s'y retrouver sur le TDAH, trouver les bonnes infos et se faire diagnostiquer par des psychiatres sérieux.
Je comprends par ailleurs le scepticisme ambiant. Le TDAH peut devenir une excuse pratique pour justifier des comportements de branleurs ou de flemmards. Une réponse facile, une étiquette trendy qui réduit les gens à une case et empêche de travailler sur le reste. On m'a déjà opposé de tels arguments.
Je suis aussi attentif aux interrogations scientifiques, qui persistent.
Et pour être honnête, ma première réaction face à l'hypothèse TDAH a été un mouais douteux. C'est une psychologue qui m'en a parlé. Pour elle, il n'y avait aucun doute. Elle m'a fait lire des livres, qui m'ont éclairé. Donné des méthodes de gestion, qui m'ont réussi.
Après plusieurs tests, qui ont abouti à un diagnostic positif, elle m'a redirigé vers un psychiatre. J'ai attendu trop longtemps avant d'y aller. Erreur, crash. Quand je suis arrivé, il m'a fait passer d'autres tests. Là encore, positifs. Puis m'a prescrit des traitements dédiés, qui ont atténué certains traits listés plus haut. Une telle réaction valide généralement les choses.
Depuis, après beaucoup de réflexions, lectures, discussions, bouleversements, une chose de sûre : je vais bien mieux grâce à la prise en compte de ces diagnostics. Et je conseille à mes proches vraisemblablement concernés par une forme de TDAH de se pencher sur la question, quand ils ne l'ont pas déjà fait.
Burn-out
Professionnellement, j'ai souvent compensé pour tenir des postes qui n'étaient pas adaptés à ma configuration mentale. Quand on compense trop, on le paye. C'est ce qui s'est passé avec mon poste précédent de directeur d'une rédaction numérique.
Il n'y a pas vraiment de manuel pour un tel job. Il ne suffit pas de comprendre les enjeux d'actu d'un moment donné. Il faut aussi les raccrocher à des chemins de longs termes sur les développements d'un média. L'image d'un capitaine de navire, qui donne les moyens aux journalistes pour qu'ils travaillent le mieux possible, fonctionne bien. J'ai adoré travailler sur tout cela, et pouvoir donner certains caps à une belle équipe.
Mais voilà : je suis plus à l'aise au milieu du bordel, de l'instant, des imprévus, des coups de chaud. J'ai aussi appris que les cerveaux câblés en mode TDAH sont comme des poissons dans l'eau dans des situations déstructurées, où les idées crépitent.
Pour les concrétiser, en général, j'ai besoin de cadres et de limites. Ayant des difficultés à m'en mettre, j'ai fondamentalement du mal à en donner aux autres. C'est pourtant un pivot nécessaire pour éviter le bordel et la surtension. Ou simplement, avancer avec des règles claires, et finir ce qu'on a commencé.
Dans un poste de direction, je me suis retrouvé à trop compenser pour donner le change sur les cadres et les routines. J'ai fait du mieux que je pouvais. Mais le cul entre deux chaises, avec une posture qui ne m'était pas naturelle. Et à la fin, j'ai craqué, avec un burn out.
Il y a d'autres facteurs qui ont joué dans ce gadin. Et les personnes TDAH peuvent aussi diriger des projets et des équipes, trouver des équilibres pour s'épanouir dans un tel rôle. Mais il semble que l'épuisement professionnel touche aussi, fréquemment, les personnes diagnostiquées — dont la détresse d'une mauvaise posture peut être augmentée par leur sensibilité.
Une clé parmi d'autres
C'est aussi grâce aux diagnostics que j'ai pu rapidement avoir des idées nettes pour me remettre en selle. Mon poste actuel de rédacteur est bien mieux adapté. Le journalisme web rassemble, a priori, plein de profils comme le mien. C'est un métier électrique, sensible, rigoureux, mais où tout change tout le temps. Tout comme les métiers du care, ou artistiques.
Il est aussi clair, pour moi, que les réseaux sociaux sont des canaux intrinsèquement TDAH. Leurs mécanismes de zapping permanent, et autres pièges à dopamine dans la course aux likes et à la reconnaissance, servent à ces plateformes pour maintenir des utilisateurs captifs. Bizarrement (non), je me suis passionné, en tant que journaliste, à comprendre, décortiquer, mais aussi exister dans de tels espaces.
Même si rien n'est duplicable. Chacun est unique, avec un puzzle mental construit par de nombreux paramètres (familiaux, sociaux...). Le TDAH est une clé de lecture parmi d'autres, qui n'a pas réponse à tout. Elle peut se décomposer et se combiner avec beaucoup d'autres traits psychiques et psychologiques. Et des moments de vie qui apportent leurs lots de tensions et d'imprévus.
Avoir fait la démarche d'accepter et d'intégrer le TDAH m'a fait beaucoup progresser pour, justement, mieux réagir à cela. Je vis désormais en connaissant ma configuration et ses limites. J'arrive à mieux réfléchir et me situer par rapport aux autres, à comprendre mes réactions, à m'éviter des tensions, des situations difficiles ou du stress trop néfaste.
Je souhaite à tout le monde d'avoir le luxe, et l'espace, de pouvoir comprendre ça.
Je le souhaite aussi à nos sociétés, à nos organisations, et à nos structures éducatives et professionnelles. Derrière la reconnaissance des syndromes TDAH adultes se trouvent davantage de sensibilité, et des grilles de lecture dont on aurait tort de se priver.